Madame de la Villestreux

Le 13 avril 1785, la terre de Courville devait sortir des mains des descendants de Sully pour appartenir à M. et Mme de la Villestreux. La famille des nouveaux propriétaires de Courville était originaire de Saint-Malo où elle occupait un rang distingué dans la noblesse dès le commencement du XVe siècle. Elle est citée au nombre de celles qui ont créé et rendu militaire la marine marchande.
Tous les biens du marquisat de Courville sont vendus à Madame Catherine Perrissel, épouse de Messire Nicolas Olivier Perrée de la Villestreux, chevalier conseiller du roi, maître ordinaire de la chambre des comptes de Bretagne.
Pierre Perrée Seigneur du Coudray et de la Villestreux, secrétaire de Louis XIV était en 1691 capitaine de vaisseau, en 1709 il devient chef d’escadron du roi d’Espagne. Son fils fut choisi par le roi de France comme directeur général de la Compagnie des Indes Pondichéry. Il se fixa à Nantes. L’acte de vente passé devant Me Guillaume, notaire à Paris est ainsi rédigé :
«Par devant les conseillers du Roi, notaires au Châtelet de Paris soussignés : Furent présent, très haut et très puissant seigneur Charles-François, comte de l’Aubespine, brigadier des armées du Roi, et très haute et très puissante dame Madeleine-Henriette-Maximilienne de Béthune-Sully, comtesse de l’Aubépine son épouse ; lesquels ont par ces présentes vendra à Mme Catherine Perissel1 épouse de Messire Nicolas Olivier Perrée de la Villestreux.

Désignation des biens : Seigneurie et Marquisat du dit Courville - un château - la chapelle - cour - basse-cour - jardin - le moulin de Nouvet - le moulin de Charreau - la ferme du château, d’une contenance de 140 arpents - la Seigneurie de Chuisnes - une maison seigneuriale - le moulin Guinevert - le Bois de Maulny et 70 arpents - le fief du Veaujoly2 et 45 arpents - le moulin de Pluvignon.
Monsieur et Madame de la Villestreux eurent bientôt à traverser l’époque critique de la Révolution. C’est à peine s’ils furent inquiétés par la population de Courville. Si le château fut pendant quelques mois transformé en caserne de la gendarmerie, si Monsieur de la Villestreux fut quelque temps emprisonné à la chapelle St-Gilles, il se montra souple et prudent. Madame de la Villestreux était bonne et charitable, leur château fut respecté.
Monsieur de la Villestreux mourût à Courville le 2 novembre 1806, il fut inhumé à Chartres.
Madame de la Villestreux est, elle, décédée en son château de Courville en août 1807 comme nous l’apprend l’épitaphe sur tombeau placé dans le cimetière de l’église Saint-Pierre. Ce tombeau est surmonté d’un calvaire en fer provenant de l’ancien cimetière Saint-Nicolas. Cette croix a été restaurée en 1998 par Roger Brault, forgeron à Courville.
Ce tombeau est construit en pierre avec quatre plaques de marbre noir usées par le temps, sur lesquelles on lit avec difficulté.

Au couchant : «Madame Catherine Perissel veuve de monsieur Nicolas Olivier Pérrée de la Villestreux, ancien maître des comptes de la chambre de Bretagne. «Priez Dieu pour le repos de son âme.»

Au midi : «Elle est décédée en son château de Courville dans la LXXVIIIème année de son âge le XXVIIIème jour du mois d’août l’an de grâce MDCCCVII.»

Au levant : «Elle était recommandable par sa piété et sa bienfaisance».

Au nord : «Ses enfants ont élevé ce monument à sa mémoire».

Après leur mort, le château et ses dépendances échurent à Louis Aimable Perrée de la Villestreux demeurant à Chartres, marié à la fille d’un perruquier des environs de Rennes. Cette mésalliance l’empêcha d’habiter Courville et fut la cause de la destruction du château. Après les mille ans d’existence, le domaine passa entre les mains de spéculateurs. Le château fut vendu à démolir (vers 1817). Le parc et les dépendances furent morcelés.

(1) Madame de la Villestreux avait hérité d’un de ses frères négociant à Nantes, d’une fortune importante. Elle acheta également la ferme des Joncs, une ferme à Fresnay le Gilmert, une à Briconville, etc...
(2) Ferme, commune de Courville