Les enseignes courvilloises à travers les siècles

Au Moyen Age, dans toutes les villes et villages de France, au fronton des boutiques, et surtout des auberges, pendait un grand nombre d'enseignes accrochées à de longues potences de fer. lorsque le vent soufflait, elles se balançaient et se cognaient à leur support exécutant un carillon plaintif et discordant, menaçant d'autant plus d'écraser les passants qu'elles étaient en général fort grandes et fort lourdes. de plus, leur ombre pendant la nuit voilait les faibles lumières des lanternes et facilitait les attentats des maraudeurs et des truands.

Pour ces raisons, en 1769, une ordonnance du lieutenant général de police SARTINES les réglementa sévèrement à Paris, mesures qui, par la suite, furent appliquées en province.

Peu à peu ces enseignes disparurent. C'est pourquoi, afin d'en conserver le souvenir, nous nous sommes éfforcés d'en dresser une liste aussi complète que possible. Si nous consultons les anciens livres de "postes aux chevaux", nous constatons que par sa situation géographique, Courville représentait un relais important.


L'époque des diligences

Les diligences Paris-Nantes par Le Mans, venant de Chartres faisaient étape à Courville avant de gagner Montlandon.

Celles, qui de Chartres se rendaient à Alençon s’arrêtaient chez nous avant de se rendre à La Loupe.

Dans la traversée de notre ville c’est naturellement surtout sur leur passage que se trouvaient les auberges, toutes surmontées d’une enseigne.

Le relais de poste fonctionne à cette époque à l’angle de la rue royale de Pontgouin à Chartres (59, rue Carnot - Groupama actuel)1, et à l’arrière rue des Fossés-St-Michel (12, rue du Jeu de Boules), Bernard LEPRINCE, maître de poste déclare à l’inventaire de 1792 n’avoir que 16 chevaux en état de service sur les 27 trouvés dans les écuries.

Ce grand relais s’installe rue Basse (rue A. Briand)2 actuellement école Sainte-Marie (c’est en 1893 que l’école libre des sœurs de Saint-Paul aménage dans l’ancienne poste aux chevaux).

Face à ces bâtiments et à l’angle de la rue de l’Ecu se trouvais l’hostellerie de “l’Ecu de Bretagne” l’une des plus importantes, la “Maison de l’Ecu” malheureusement disparue, fut longtemps la propriété des “BELLESMES”, vieille famille courvilloise.

Selon de vieux écrits, Alexandre DUMAS au cours d’un séjour y écrivit une partie des “Trois Mousquetaires”.

Vers 1636-40 le fabuliste LA FONTAINE faisait souvent étape à Courville, il rendait visite à Madame Marguerite de la SABLIERE, son amie de Saint-Germain-Le-Gaillard.

Dans cette vieille rue Basse ( rue Georges FESSARD) au 34, existait le logis  “Saint-Roch” appartenant à la confrérie du même nom sise en l’église St-Nicolas4.
Un peu plus loin au n° 26 (ancien garage BRUDEAU)5 était l’auberge “St-Nicolas”
 1720 proche de la maison du pressoir n° 16, pressoir communal dont chaque habitant pouvait se servir en servant son éco.

Perpendiculairement à cette artère, dans la rue des Etaux, on pouvait voir en 1696 au n° 1 “l’hôtel du Sauvage” et dans l’ancienne rue des Rouliers au n° 1 à l’angle, l’hostellerie de “l’Epée Royale” 1691 qui a donné à cette ruelle son nom7.

Plus haut au 10 se trouve le “Soleil d’Or” qui devint le “Soldat Laboureur”.
Dans la rue proche qui en porte toujours le nom fonctionnait le “Four banal” où chacun suivant redevance pouvait cuire8.

En prenant la direction du centre ville, rue de l’Ecu qui doit son nom à l’Hostellerie déjà citée  et qui à l’époque s’appelait rue des Fèvres (ouvriers du fer) existait en 1678 “L’image Saint-Jacques”9 et en remontant au 15 pendait l’une des plus pittoresques enseignes, celle du “BOURRI MAIGRE” auberge à laquelle on accédait  par trois marches en contrebas.

Rue Haute (angle rue Carnot-rue d’Alsace) à côté de l’ancien relais de poste dont nous avons parlé se situait “Au Lion d’Or” qui au XVIIIè siècle absorba le “Grand Cerf”10.

Dans les maison attenantes se trouvaient “Le Cheval Blanc” qui vers 1675 devint “L’image Saint-Martin” et ensuite “La Croix Velte” 1742-1771.

En face l’ancienne maréchalerie de Roger BRAULT était au début du XIXè siècle “l’Auberge de la Madeleine”11.
Plus loin le “Croissant d’Or” qui jusqu’à nos jours a conservé son nom et devenu le café “Croissant de Lune”12. Il fut formé en 1785 par la réunion des auberges du “Bœuf” et du “PILIER VERT” voisines du “GROS BILLOT”.

Dans la même rue pendaient les enseignes de “L’Image Dainte- Barbe” (1652), “Plat d’Etain” (1699) réuni en 1731 u “Plat neuf de la Couronne” (1719), du “Mouton” et également dans cette rue la maison de la “Pierre chaude” (1714) et au n° 23, celle de la “Fleur de Lys” (1775).

Plus loin à l’angle de la rue de la Gare et de celle de l’Arsenal, le propriétaire de l’auberge du “Cœur joyeux”13 acheta en 1771 au marquis de l’AUBESPINE l’emplacement du corps de garde (près de l’ancienne porte de Pontgouin) et créa l’hôtel de la “Belle Etoile” que nous avons bien connu et sera démoli dans les années 1980.

Dans la rue Pannard (ancienne rue du Milieu) se trouvait en 1668 au n° 58 l’auberge de “La Tête Noire”14 (actuellement charcuterie JEUFFROY). Elle a dû s’appeler “La belle image” et “L’image  Notre-Dame” en 1808, l’empereur Napoléon BONAPARTE de passage à Courville y descendit.

Nous avons encore relevé sans pouvoir les situer les enseignes suivantes :

“Image Sainte Marie” (1675),
“La Croix blanche” (1734),
“Les trois Rois”, les numéros n’existant pas, certaines demeures portaient des noms qui permettaient de les identifier, parmi celles-ci nous avons noté : “L’Arcon”, le “Chapeau rouge”, la “maison des pots” joignant les logis du “Saint-Esprit”.
On s’étonnera peut -être du grand nombre d’enseignes qui pendaient dans notre ville, mais il faut songer qu’en plus de la clientèle importante des diligences, les auberges courvilloises connurent un essor considérable à la fin du XVIIè siècle.

En effet, en 1684 sous la direction de VAUBAN et de LA HIRE commencèrent les travaux du canal de l’Eure qui, partant des écluses de Boizard à pontgouin et passant par Maintenon, devait alimenter en eau le parc de Versailles.

Pendant plus de quatre ans, 30 000 ouvriers cantonnèrent à Pontgouin, Landelles, Chuisnes et Courville.

Au début, LOUVOIS venait deux fois par mois inspecter les travaux et un grand nombre d’officiers s’installèrent dans nos murs.

Pour cette raison de nombreuses auberges s’ouvrirent puis disparurent lorsque les travaux furent abandonnés.

Leur durée éphémère explique leur oubli, mais celles qui les précédèrent ou les suivirent n’ont pas laissé plus de trace.

Cependant on peut supposer qu’au  cours de notre histoire locale, dans leurs salles bruyantes se déroulèrent des scènes comiques et parfois tragiques. Pendant l’époque à la fois mystique et paillarde du Moyen-Age, au cours de chevauchées sanglantes de la guerre de Cent Ans, les luttes fratricides des Compagnes de la ligue, des réunions révolutionnaires, des humiliations des occupations étrangères, elles furent obligatoirement témoin de beuveries et de rixes, mais aussi entre temps de manifestations paisibles, joyeuses et fraternelles, dont aucune chronique n’a conservé.

Et pourtant combien devaient être pittoresques ces tavernes d’antan, la porte desquelles l’aubergiste déclarait que “céans il faisait bon dîner” et qui à l’intérieur on trouvait “vin en perce à plein pot et à pleine tonne”.

Comme nous l’avons signalé au passage deux hôtels seulement portait encore, il y a une vingtaine d’années le même enseigne qu’il y a deux cents ans : “Le Croissant” et “La Belle Etoile”.

Mais pour le grand plaisir des archéologues, deux autres vieilles demeures aux façades charpentées de bois et surmontées de pignons subsistent.

Bravant les siècles, elles ont pieusement conservé, sculpté dans leurs poutres en cœur de chêne, les “IMAGES” auxquelles elles devaient leur nom, toutes deux rue Pannard au 43 “LA MAISON DU CHEVALIER”15, au 17 celle de “L’ANNONCIATION”16.
Témoin fidèle d’un passé dont la cité est fière.

L’Empereur à Courville

Les visites de l’Empereur dans les départements étaient pour les préfets une épreuve à la fois souhaitée et redoutée : la suite de leur carrière pouvait en dépendre.

En Eure et Loir, une première réception était prévue pour le 14 août 1808 à Chartres ; la préfecture avait fait les frais, la municipalité voté des crédits afin d’accueillir l’Empereur mais celui-ci ne s’arrêta qu’au relais de poste pour échange de chevaux. Le couple impérial n’avait même pas posé pied à terre.

Le 30 octobre 1808, l’Empereur se rendait à Bayonne pour y rencontrer le maréchal LANNES et ensuite vers l’Espagne s’arrêta sans être annoncé à l’hôtel du “GRAND MONARQUE” pour y déjeuner.

Ce serait début décembre, à son retour d’Espagne qu’il s’arrêta à Courville et descendit à l’auberge de “LA TETE NOIRE”.Il y fut conduit en poste par Monsieur LEPRINCE, maître de la poste aux chevaux.

Les aubergistes et boulangers de la rue accueillent l’Empereur et lui offrent des cochelins (pâte feuilletée) à l’effigie de ses soldats ; aujourd’hui la boulangerie BARRE possède encore des moules d’origine représentant Napoléon à cheval et ses soldats. Conservés par la famille LATOUCHE père et fils anciens restaurateurs au Café de Chartres n° 43 de la rue (auberge des “TROIS MARCHANDS”15 en 1696).
*Sources : “Aperçus de l’administration préfectorale”, Société archéologique d’Eure et Loir