Un mariage…

Surtout leur dit-elle, prenez bien garde de ne pas vous embarquer dans un wagon de tête du train. Il arrive tant d’accidents ! Ils promirent hélas…
« Installés dans leur compartiment - en tête du train
malgré les recommandations maternelles - ils chantaient à tue-tête et jusqu’à Courville, le voyage fut égayé de leurs refrains.
Le dernier s’arrêta soudain au moment du terrible télescopage, pour faire place aux cris d’angoisse, aux hurlements de terreur, aux hoquets d’agonie. De la noce joyeuse, ils sont presque tous morts… »



Tout avait parfaitement bien commencé pourtant…
Victor Lelièvre monte à la capitale pour tenter sa chance dans les transports parisiens en plein essor. Il décroche rapidement un poste de mécanicien au dépôt des omnibus de l’Avenue de Clichy. C’est à Paris qu’il rencontre sa future, Alice Poujouly.
Les deux jeunes sont éperdument épris l’un de l’autre et la demande en mariage se fait venir tout naturellement. La date
est fixée au 11 février 1911.


Tout s’organise parfaitement.

Dans la petite ville de Sablé, on recense les personnes pouvant faire le voyage à la capitale.
Le jour attendu, toute la famille Lelièvre (quelque peu embarrassée de faire ce voyage mais heureuse de revoir leur
Victor), la famille Bigot (oncles et témoin) René Dugué et son épouse, et Auguste et Joseph Blanchouin montent à
Paris pour assister aux noces, à la mairie du XVIIe puis en l’église Sainte Marie des Batignolles.
Passée la cérémonie, tout le monde se rend dans un petit restaurant près des parents de la mariée pour fêter la noce.
Le lendemain, tout ce petit monde se retrouve en famille et commence à songer au retour, fixé au 13 février…
Il est prévu que les jeunes époux accompagnent la famille pour rencontrer ceux qui n’ont pu faire le trajet
et pour que le jeune marié fasse découvrir sa région natale à sa bien-aimée.


Un retour retardé
Peu accoutumés à la vie parisienne, tout ce petit monde décide de rester un jour de plus afin de visiter la “grande
ville”. Les jeunes époux venant eux de recevoir une invitation qu’ils ne veulent refuser décident de retarder d’un jour leur départ. Bien mal leur en a pris. Après avoir couché dans leur pied à terre de la rue Balagny, ils se rendent déjeuner chez les parents de la mariée. Le repas se termine par des adieux poignants. Mme Peyrou, mère d’Alice voit sa fille pour la
première fois quitter le domicile familial. Elle est en larmes. Elle quitte la maison, par le modeste couloir enrubanné et fleuri par ses amies. Penchée à la fenêtre de son appartement, sans savoir que cet adieu est définitif, sa mère leur souhaite un
« Bon voyage mes chéris ! Bon voyage ! ne faites pas d’imprudences mes petits !»
A la gare, les saboliens attendent les deux jeunes mariés. Tous, une fois réunis vont prendre place dans
le wagon situé juste après la locomotive. Le départ est donné…