…quatre enterrements

Courville, ne sera pas seule à célébrer les victimes.

Les cérémonies vont se multiplier au fil des jours, chaque
famille.
Vendredi 17 février
Le jeune Boisseau est inhumé à Paris. La façade du commerce parental est drapée elle aussi comme
cela est l’usage à l’époque de blanc frangé de noir avec les initiales du défunt. Il sera conduit dans sa dernière demeure au cimetière de Pantin.


Samedi 18 février
A 10 heures ont lieux les obsèques des familles Lelièvre et
Bigot à Sablé où une salle de la gare a été transformée en
chapelle ardente où la population vient en nombre dès leur arrivée. Les habitants comme le témoigne les images vont
leur faire de splendides funérailles. Tout comme à Courville, la chapelle est tendue de draperies noires avec un plafond de
draps, le tout relevé de franges d’argent.
La foule est immense. Le glas sonne et le cortège se forme dans un silence religieux. Les victimes sont inhumées dans
une grande fosse funéraire creusée pour l’occasion.


Dimanche 19 février
A Paris, se tiennent en ce dimanche les obsèques des jeunes époux Lelièvre. A la demande des parents
de la mariée, les cercueils ont été rapatriés par la gare des Batignolles et conduits à leur domicile de la rue Lacroix drapé et orné d’un écusson portant les initiales des deux mariés.
Les corps sont ensuite emmenés sur des corbillards surchargés de fleurs jusqu’à l’église Saint-Michel des Batignolles avant
leur inhumation au cimetière de Saint-Ouen.


Lundi 20 février
Rapatriés à la charge de l’Ouest-Etat, les époux Chartier sont inhumés eux aussi dans la capitale. Leur wagon à son arrivée
est transformé en chapelle ardente. Plus de 300 personnes vont venir sur le quai saluer une dernière fois le couple
parisien. Ils sont ensuite conduits au cimetière Montparnasse, lieu de leur dernière demeure. A 15h30 après de nombreux
discours se termine la dernière cérémonie funèbre des obsèques des victimes de la catastrophe de Courville.

Nous avons pu retrouver les discours de l'époque que nous vous invitons à lire ci-dessous :

Discours de Monsieur POLVERT, Sous Préfet de la Flèche.

Mesdames, Messieurs,
    Au nom de l’Administration Départementale de la Sarthe et représentant M. le Préfet que les devoirs impérieux retiennent aujourd’hui au Mans, je viens déposer au seuil de ces tombes encore entr’ouvertes l’hommage d’une profonde peine. Comment en effet ne pas se sentir frappés de stupeur, comment se soustraire à la plus poignante des émotions quand à côté de la particularité tragique de la catastrophe de mardi, on évoque la dramatique vision d’une famille presque anéantie, trouvant par une cruelle ironie du destin l »inexorable mort dans l’un des rares moments d’allégresse que permettent les évènements de notre courte existence. Comment ne pas oublier la plus douloureuse compassion au souvenir de ces jeunes gens, hier encore tout vibrants d’espérance et de confiance dans l’avenir qui réalise, par la tombe, l’éternité d’une union qu’ils avaient tendrement entrevue par la fondation d’un foyer, comment enfin ne pas pleurer avec ceux qui reste peut être le plus à plaindre dont la vie est désormais liée à cet affreux cauchemar et auxquels toute promesse de bonheur er de joie à jamais enlevés.
   
Il est des sentiments d’une telle acuité que la parole ne saurait traduire et c’est bien l’un de ceux-là qui étreint en ce moment tous les cœurs.
   
La tristesse répandue sur les visages, l’affluence et le calme impressionnant de la foule, ajoute à la sympathie de cette cérémonie, disent bien hautement le deuil qui frappe toute une population.
   
C’est une même impression de terreur et d’angoisse, qui dès les premières nouvelles du désastre, avaient envahi le département ; et c’est avec respect le témoignage de sa solidarité en ce jour de deuil public, que j’apporte à la Ville de Sablé, en m’inclinant respectueusement devant les cercueils de ses infortunés concitoyens.


Discours de Monsieur LAROCHE, Député de la Sarthe
Extrait du discours
Messieurs,
       Adieu, nous garderons vos mémoires, Chères victimes qui disparaissez si prématurément de ce monde, nous garderons vos mémoires comme celles de ces morts aimés que chacun de nous a perdu, et dont le nombre s’accroit sans cesse, en attendant le jour, prompt à venir  où nous les rejoindrons à notre tour sous la terre.
   
Mais nous ne voulons pas seulement vous adresser un salut suprême au bord de votre tombe. Cette foule accourue de tout le canton et de beaucoup plus loin, cette foule, qui presqu’entière il y a 4 jours ne connaissait pas vos noms, elle vient manifester la solidarité des bons compatriotes, la solidarité humaine.
   
Nous venons presser les mains de vos proches désolés et leur dire : « votre deuil est notre deuil ; votre souffrance est notre souffrance. Nous vous plaignons d’une immense pitié. Nous vous plaignons plus que ceux-là même que vous perdez car ils sont sortis de la vie en plein bonheur, échappant aux vicicitudes qui les guettaient peut être. Ils faisaient un rêve d’or. Ils ne se sont pas réveillés. Vous, vous demeurez en pleine conscience de votre désespoir et de votre solitude irréparable. Puisse notre peine adoucir un peu la vôtre en s’y associant. Car au moment d’un voyage, au moment surtout du départ pour l’éternité lus plus à plaindre sont ceux qui restent ».




Discours de Monsieur COUTARD, Maire de Sablé

Mesdames, Messieurs,
    C’est une douloureuse mission que j’accomplis de venir au nom de l’Administration Municipale de Sablé prendre la parole devant cette trop large tombe qui dans quelques instants va se refermer sur de braves gens estimés de toute la population sabolienne,
   
Mademoiselle Marie BIGOT, 50 ans ; Monsieur Pierre BIGOT – HOUDOU, 45 ans ; Madame LELIEVRE née BIGOT, 43 ans ; Monsieur Joseph BLANCHOUIN, 15 ans ; vont reposer pour toujours dans cette même tombe après une mort épouvantable dans la catastrophe de Courville où ils furent écrasés et brûlés.
   
Les quatre cercueils ne sont pas les seuls, il faut encore compter trois autres morts dans les mêmes familles de Sablé ; Monsieur DUGUE qui sera inhumé à Parcé et les jeunes époux Victor LELIEVRE, mariés depuis quatre jours et dont la sépulture aura lieu  à Paris, suivant la demande des parents de la jeune femme ; soit sept décès dans ces familles.
   
La semaine dernière, onze parents, la joie au cœur, partaient pour Paris, heureux d’assister au mariage de l’un des leurs.
   
Après quatre jours de bonheur, tous revenaient à Sablé, accompagnés des jeunes époux qu’ils s’apprêtaient  à fêter, car ces familles BIGOT, LELIEVRE et BLANCHOUIN ont toujours fait preuve de solidarité familiale.
   
Sur ces onze personnes parties si gaiement et revenant si joyeusement, il n’en reste que quatre, qui elles-mêmes sont blessées, quatre pour pleurer les disparus ! Espérons que de nouveaux décès ne viendront pas grossir encore le nombre des victimes de ce terrible malheur.
   
Ah ! ceux qui survivent, après avoir été témoins de ces morts affreuses, n’auront plus un seul jour de bonheur, ne pourront jamais oublier le supplice de leurs chers martyrs.
   
Il y a des braves gens que le malheur poursuit ; la famille BLANCHOUIN en est un exemple ; Monsieur BLANCHOUIN père est depuis sept ans paralysé, cloué sur un lit de douleur ; Madame BLANCHOUIN, tout en travaillant pour vivre et faire vivre son mari, le soigne avec un dévouement admirable.
   
Aujourd’hui cette malheureuse femme est de nouveau frappée, elle perd un fils, un frère et deux sœurs.
   
Comment rester insensibles à de telles douleurs ?
   
Nous sommes l’interprète de la population tout entière de Sablé, et la foule qui accompagne ces malheureux à leur dernière demeure prouve ce sentiment d’émotion, de consternation générale.

Si l’expression de nos plus sincères condoléances peut apporter un léger adoucissement à l’immense peine des familles BIGOT, BLANCHOUIN, LELIEVRE, DUGUE et POUJOULY, nous sommes heureux de leur donner cette marque de profonde sympathie et de dire un dernier adieu à leurs morts Regrettés.


Discours de Monsieur de Rougé, Conseiller Général
    Je n’aurais pas voulu prolonger la tristesse de la cérémonie qui nous réunit en ce jour ; mais en dehors de l’espoir en Dieu qui seul peut apporter un véritable réconfort à ceux qui ont échappé à cette terrible catastrophe et pleurent ces disparus, il est bon, cependant,  de montrer une unanimité des sympathies qui naissent autour d’un pareil malheur.
   
Hélàs ! Messieurs les audaces de l’homme croissent en raison directe des progrès de la science. On vit aujourd’hui une vie intensive , nécessitant l’extrême rapidité des communications. Alors que l’habileté de l’ingénieur semble avoir écarté définitivement le danger, tout à coup, malgré la multiplicité des précausions, survient l’épouvantable catastrophe et le voyageur est surpris au moment où il élabore des projets d’avenir.

    De temps à autre il plait à Dieu de rappeler ainsi durement , à l’homme son incontestable faiblesse.

    Aussi bien les circonstances actuelles sont telles qu’elles saisissent  violemment le cœur et l’esprit.

Ce coup foudroyant, terminant une réunion de famille où le bonheur seul était en jeu ; la disparition de ceux qui en étaient l’objet ; tant de tristesses  succédant immédiatement à tant de joie ; tout enfin est réuni pour porter ce drame à l’extrême limite de l’horreur.

Aussi n’ai-je pas cru devoir me dispenser d’ajouter brièvement un témoignage de triste sympathie tant au nom de tous les habitants du Canton de Sablé, qu’en mon nom personnel à ceux qui sont frappés dans ces malheureuses circonstances. Je joins mes regrets aux leurs et ne puis que leur souhaiter de recevoir de Dieu les consolations qu’ils méritent.