L'éolienne dite "Bollée"

Vestige du XXè siècle et du premier âge de la métallurgie, l’éolienne de Courville se dresse, à la fois fière et désuète, en bordure de la R.N.23. Trop habitués à sa présence, les Courvillois ne lui prêtent que peu d’attention et, pourtant, elle est la grande curiosité des automobilistes empruntant cet axe routier, vacanciers et promeneurs à la recherche de l’insolite ou du temps passé.

Cette longue silhouette témoigne du génie humain dans sa recherche de modernisation. L’homme a de tout temps essayé de tirer profit des forces de la nature et tout écolier a étudié la houille blanche (utilisation de l’eau) et la houille noire (utilisation du charbon). Une autre force a été captée pour les besoins de l’homme, la force des vents. Le moulin à vent ainsi que l’éolienne ont permis soit de moudre le grain, soit l’élévation de l’eau puisée du sol. L’éolienne, cette curieuse machine, tire son nom d’Eole, Dieu des vents dan la mythologie grecque. Celle de Courville est installée sur le domaine de la Maison de retraite départementale et alimentait en eau potable la collectivité locale par le truchement d’un réservoir de redistribution. Cette éolienne a été installée à Courville en 1902 par la société LEBERT, du Mans, successeur des anciens établissements BOLLEE et FESSARD. Le nom de BOLLEE est, par ailleurs, attaché au monde de l’automobile, on doit à cette famille les modèles suivant : l’Obéissante (1873) ; la Marie Anne (1879) ; le Torpilleur (1898) ; la Voiturette (1896) ; et en 1920 la Léon Bollée. Auguste BOLLEE est donc l’inventeur de l’éolienne ; celle qui nous préoccupe se compose d’un pylône de 15 mètres de hauteur, lequel est surmonté d’une grande roue d’un diamètre de 5 mètres. Cette machine se distingue du moulin à vent par son mode d’utilisation de la force du vent et par la solidité de sa construction entièrement métallique. L’éolienne est une turbine à axe horizontal ; le courant d’air est concentré par un entonnoir, il est dirigé sur les ailes de la roue motrice par un distributeur. L’orientation et la désorientation de la turbine sont obtenues par une petite roue spéciale, dont la sensibilité est telle que la machine est orientée précieusement lorsque la vitesse du vente est convenable pour la marche de la machine. L’orientateur maintient la turbine dans une direction perpendiculaire à la direction du vent. L’éolienne commande un système de trois pompes à piston-plongeur en bronze et ont une durée illimitée. Les presses étoupes sont formées d’une presse spéciale qu’on ne remplace que très rarement. Le débit varie suivant la force du vent, il est approximativement de 4m3 par vent de 7 mètres/seconde et 1,800 m3 par vent de 5 mètres/seconde. La facture des travaux de l’éolienne de Courville, en date du 12 mars 1902, s’élève à 11 472,50 F. L’âge d’or des éoliennes se situe avant la première guerre mondiale. Au lendemain du conflit, des groupes motopompes légers et l’électrification des campagnes ont marqué la déclin des éoliennes. Comme toute chose inutile, elles ont été abandonnées, subissant les intempéries ou démolies. Ayons à cœur de préserver ces derniers témoins des premiers âges de la grande métallurgie, et rendons hommage au génie d’Ernest BOLLEE et son fils Auguste, à celui aussi des humbles mécaniciens de campagne, lesquels, souvent sans grands moyens, ont su réaliser et entretenir ces machines.